Aller au contenu

Pourquoi le vin contient des sulfites, et faut-il s'en méfier ?

Pourquoi le vin contient des sulfites, et faut-il s'en méfier ?

Les sulfites dans le vin sont des additifs dérivés du dioxyde de soufre (SO2) : les levures en produisent pendant la fermentation, et le vigneron en ajoute pour protéger le vin des bactéries et de l'oxydation. Leur dose est plafonnée en Europe et leur effet sur la santé concerne surtout les personnes sensibles.

Le soufre en quatre repères

  • Aucun vin n'est totalement exempt de sulfites : la fermentation alcoolique en crée toujours un peu.
  • La mention « contient des sulfites » devient obligatoire au-delà de 10 mg/L de SO2 total.
  • Pour la majorité des personnes, les doses présentes dans un verre ne posent pas de problème de santé ; les asthmatiques sensibles font exception.
  • « Sans sulfites ajoutés » signifie qu'aucun additif n'a été utilisé, pas que la teneur est nulle.

Qu'est-ce que les sulfites dans le vin ?

Le mot « sulfites » regroupe le dioxyde de soufre, aussi appelé anhydride sulfureux, et les sels qui en dérivent. Dans la liste des additifs alimentaires, ils portent les numéros E220 à E228 : E220 pour le dioxyde de soufre, un gaz, E222 pour le bisulfite de sodium, E224 pour le métabisulfite de potassium, la forme la plus utilisée en cave. Quelle que soit leur origine, ces produits libèrent tous la même molécule active une fois dissous dans le vin.

Les œnologues distinguent deux fractions. Le SO2 libre est la part disponible, celle qui agit contre les micro-organismes et l'oxygène. Le SO2 combiné s'est lié à d'autres composés du vin, notamment l'acétaldéhyde et les sucres, et n'a presque plus d'effet protecteur. Additionnés, ils forment le SO2 total, c'est cette teneur totale que la réglementation plafonne et que mesure le laboratoire avant la mise en bouteille.

L'efficacité du SO2 libre dépend aussi de l'acidité : plus le pH du vin est bas, plus la part dite moléculaire, la plus active, est importante. Un vin blanc vif se protège donc avec une dose plus faible qu'un vin rouge peu acide, à dosage égal.

D'où viennent-ils : levures ou vigneron ?

Les deux. Pendant la fermentation, les levures transforment une partie des composés soufrés du moût de raisin et rejettent du SO2. Cette production naturelle reste généralement faible, de l'ordre de quelques milligrammes à une vingtaine de milligrammes par litre selon les souches et les conditions. C'est la raison pour laquelle un vin élaboré sans le moindre ajout peut dépasser le seuil d'étiquetage.

Le reste est ajouté par l'homme, à plusieurs moments possibles : sur la vendange à l'arrivée au chai, après la fermentation malolactique, pendant l'élevage, et juste avant l'embouteillage. Le vigneron choisit ces étapes selon l'état sanitaire du raisin, le type de vin visé et sa manière de travailler, que nous détaillons sur la page consacrée à la vinification de notre Marcillac, du raisin à la cuve.

Quel rôle jouent les sulfites en vinification ?

Brûler des mèches de soufre dans les tonneaux vides est une pratique très ancienne, déjà attestée à l'époque romaine. Si elle a traversé les siècles, c'est parce que le SO2 réunit plusieurs propriétés qu'aucun autre produit n'offre à lui seul :

  • Antiseptique : à dose suffisante, les sulfites inhibent la croissance des bactéries acétiques, responsables de la piqûre qui transforme le vin en vinaigre, et limitent les Brettanomyces, qui donnent des odeurs animales.
  • Antioxydant : il capte l'oxygène dissous et préserve le fruit, les arômes frais et la couleur, qui sans lui virerait vers le brun.
  • Antioxydasique : il bloque les enzymes présentes sur le raisin, surtout quand la vendange est abîmée par la pourriture.
  • Sélectif : à faible dose sur le moût, il gêne les micro-organismes indésirables plus que les levures de fermentation.

Le principal défaut du SO2 tient à son excès : trop de SO2 libre écrase le nez, donne une sensation d'allumette brûlée et assèche la finale. Tout l'art consiste à doser juste ce qu'il faut. Les difficultés apparaissent surtout sur les vendanges chaudes ou altérées et sur les vins destinés à voyager ou à vieillir longtemps, où la protection doit tenir plusieurs années. Une bonne hygiène du chai et des baies saines permettent de réduire le dosage, ce qui explique que l'apport varie autant d'un domaine à l'autre.

Quelle dose de sulfites un vin peut-il contenir ?

Dans l'Union européenne, les teneurs maximales en SO2 total sont fixées par le règlement délégué (UE) 2019/934 pour le vin conventionnel, et par la réglementation sur l'agriculture biologique pour le vin bio. Elles dépendent de la couleur et du sucre résiduel, car un vin doux, plus fragile face aux levures, a besoin d'une protection plus forte.

Type de vinVin conventionnelVin biologique
Vin rouge sec150 mg/L100 mg/L
Vin blanc ou rosé sec200 mg/L150 mg/L
Vins doux et moelleux200 mg/L en rouge, 250 mg/L en blanc et rosé30 mg/L de moins que le conventionnel
Certains liquoreux (Sauternes, Barsac…)jusqu'à 400 mg/Llimite réduite de 30 mg/L

Ces plafonds sont des maximums légaux, rarement atteints : beaucoup de vignerons travaillent nettement en dessous. Pour le consommateur, le seul repère visible sur la bouteille reste la mention « contient des sulfites », imposée sur l'étiquette dès que le vin dépasse 10 mg/L de SO2 total. Les sulfites figurent en effet parmi les quatorze substances allergènes à signaler sur les denrées vendues dans l'Union. Le principe existe aussi dans d'autres pays : aux États-Unis, l'avertissement est exigé depuis 1988 au-delà de 10 ppm, et le Canada impose de signaler la présence de sulfites dans les aliments et boissons à partir du même seuil. Cette information ne dit rien de la teneur : un vin à 15 mg/L et un vin à 140 mg/L portent exactement les mêmes mots.

Les sulfites sont-ils dangereux pour la santé ?

Pour la grande majorité des personnes qui boivent du vin, les sulfites ne posent pas de problème particulier aux doses rencontrées. Le vin n'est d'ailleurs ni la boisson ni l'aliment le plus sulfité : les fruits secs comme les abricots peuvent en contenir jusqu'à 2 000 mg par kilo, et on en trouve également dans certains produits à base de pomme de terre déshydratée, les crustacés, les jus de raisin, la bière ou le vinaigre de vin. Le corps les transforme en sulfates, éliminés par les urines, grâce à une enzyme du foie, la sulfite oxydase.

La question de la dose se pose surtout pour les gros consommateurs. Le comité d'experts FAO/OMS (JECFA) a longtemps retenu une dose journalière admissible de 0,7 mg d'équivalent SO2 par kilo de poids corporel par jour. En 2022, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), dont l'avis complet est publié sur son site, a réévalué ces additifs : faute de données toxicologiques suffisantes, elle a jugé que l'exposition des plus gros consommateurs pouvait soulever une préoccupation de sécurité. Rappelons que pour un amateur de vin, l'éthanol reste de très loin la molécule la plus problématique : l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Personnes sensibles et asthmatiques

Une réaction de type allergique aux sulfites reste rare dans la population générale. Il s'agit le plus souvent d'une intolérance, qui ne passe pas par le même mécanisme du système immunitaire qu'une allergie vraie, et elle touche surtout des personnes atteintes d'asthme, une maladie qui rend les bronches plus réactives. Les symptômes décrits sont respiratoires (gêne, sifflements, difficultés à respirer), cutanés (urticaire, rougeurs) ou digestifs. Aux États-Unis, la FDA a interdit dès 1986 l'usage des sulfites sur les fruits et légumes frais servis crus, après une série de réactions graves liées aux bars à salade. Une personne qui soupçonne une telle réaction doit en parler à un allergologue avant de choisir un vin selon sa teneur.

Les sulfites donnent-ils mal à la tête ?

C'est l'accusation la plus répandue, et la moins étayée. Les études n'ont pas établi de lien net entre sulfites et maux de tête, et un paradoxe la fragilise : le vin rouge, souvent désigné comme responsable des migraines, contient en moyenne moins de SO2 que le vin blanc. D'autres pistes de recherche sont étudiées. L'éthanol lui-même, et la déshydratation qu'il provoque, arrivent en tête. L'histamine et les tanins sont aussi cités. En 2023, des chercheurs de l'université de Californie à Davis ont publié dans Scientific Reports une hypothèse portant sur la quercétine, une molécule présente dans la peau des baies rouges, qui pourrait ralentir l'élimination de l'acétaldéhyde, un produit toxique issu de la dégradation de l'éthanol. Ces travaux, menés en laboratoire, restent à confirmer par des essais cliniques.

Vin bio, vin nature, sans sulfites ajoutés : que disent les mentions ?

Un vin issu de l'agriculture biologique n'est pas un vin sans soufre. Le cahier des charges européen autorise le SO2, avec des plafonds plus bas que pour le vin conventionnel, comme le montre le tableau ci-dessus. L'engagement porte d'abord sur la vigne et sur la terre : pas de désherbants ni d'insecticides de synthèse. Nous expliquons nos propres choix de culture sur la page dédiée à notre viticulture raisonnée sur les coteaux du vallon.

Les appellations plus exigeantes vont plus loin :

  • Vin méthode nature : ce label reconnu en France depuis 2020 impose des raisins bio vendangés à la main, des levures indigènes et aucun sulfite ajouté avant ni pendant la fermentation. Un logo distinct autorise jusqu'à 30 mg/L de SO2 total ajouté avant la mise en bouteille.
  • Sans sulfites ajoutés : le vigneron n'a utilisé aucun additif soufré. Le vin renferme pourtant les sulfites produits pendant la fermentation et peut porter l'avertissement d'étiquetage.
  • Vin nature, sans certification : l'expression n'a pas de définition légale, et chaque producteur en a une lecture différente.

Se passer de soufre demande un raisin irréprochable et une vigilance de tous les jours en cave. Un tel vin est aussi plus exposé aux accidents : déviations aromatiques, refermentation, oxydation. Il se garde souvent moins longtemps, évolue de façon moins prévisible avec le temps et supporte mal la chaleur, d'où l'intérêt de respecter les conseils de conservation du vin à la cave comme en appartement.

Choisir un vin selon sa teneur en soufre

L'étiquette ne donnant jamais la quantité, le plus simple est de poser la question au producteur : un producteur connaît le SO2 total de chaque cuvée, mesuré au cours de l'élevage par un laboratoire. Quelques repères aident en attendant. Un vin rouge, par exemple, dont les tanins protègent naturellement de l'oxydation, demande en général moins de SO2 qu'un blanc ou un rosé. Un vin jeune destiné à être bu dans l'année en demande moins qu'un vin appelé à devenir vieux en cave. Enfin, les vins doux et liquoreux contiennent généralement les doses les plus élevées, par nécessité.

Si vous êtes sensible, préférez les vins bio ou méthode nature, et goûtez un verre avant d'ouvrir une caisse. Pour découvrir des rouges de Mansois vinifiés avec des doses mesurées, parcourez les vins du domaine en appellation Marcillac et interrogez-nous sur les analyses de chaque millésime.

Vos questions sur le soufre et le vin

Peut-on trouver un vin sans aucun sulfite ?
Pas au sens strict. La fermentation alcoolique produit toujours un peu de SO2, si bien qu'un vin sans sulfites ajoutés en renferme quand même quelques milligrammes par litre.
Pourquoi le vin blanc contient-il plus de sulfites que le rouge ?
Le vin blanc n'a presque pas de tanins pour le protéger de l'oxydation, et il est souvent vinifié pour préserver un fruit frais très fragile. Le producteur compense avec une dose de SO2 plus élevée.
La mention « contient des sulfites » indique-t-elle un vin très sulfité ?
Elle indique seulement que le vin dépasse 10 mg/L de SO2 total. Elle figure aussi bien sur un vin peu soufré que sur un vin proche du plafond légal.

Paru le - Dernière mise à jour :

︿